On l’appelle ube aux Philippines : il s’agit du greater yam ou igname pourpre (Dioscorea alata), une espèce d’igname aujourd’hui parmi les plus largement distribuées sous les tropiques (Asie du Sud-Est, Océanie, Afrique de l’Ouest, Caraïbes). Sa chair naturellement violette est due à des anthocyanes spécifiques, et son intérêt culinaire comme fonctionnel attire chercheurs et artisans partout sur le globe.

Botaniquement, D. alata est une liane tubéreuse de la famille des Dioscoreaceae ; ses tubercules sont comestibles après cuisson et se prêtent à la transformation en farine ou en flocons. Le nom ube est l’appellation vernaculaire philippine la plus courante (avec ubi ou uvî selon les ethnolinguistes).
Sur le plan géographique, c’est l’igname à la plus large distribution mondiale, cultivée et consommée à travers la ceinture tropicale ; la FAO note d’ailleurs que D. alata fait partie des espèces majeures d’ignames dans les zones productrices (notamment en Afrique de l’Ouest).
L’ube halaya (confiture/compote d’igname pourpre) fait partie du patrimoine culinaire local ; il existe une norme nationale (PNS/FDA 24:2010) qui définit le produit (ingrédients, critères de qualité) et un code de bonnes pratiques pour sa transformation. Ce dessert se retrouve ensuite comme ingrédient dans les glaces, pâtisseries et boissons locales.
En panification, remplacer 10–30 % de farine de blé par de la farine d’ube ne se limite pas à apporter une teinte violette spectaculaire : des travaux montrent que les pains enrichis en ube conservent une bonne acceptabilité sensorielle (optimum souvent autour de 15–25 %). Des études indiquent aussi que certains traitements d’amidonnerie (annealing) appliqués à la farine d’ube peuvent modifier la texture et l’index glycémique de pains expérimentaux.
Dans des nouilles salées, l’incorporation d’environ 15 % de farine d’igname pourpre améliore certains paramètres rhéologiques et apporte une teinte violette appréciée, tout en restant compatible avec les exigences technologiques des pâtes.
De nombreuses équipes évaluent l’ube comme source de colorant naturel : des modèles de boissons montrent une stabilité pigmentaire supérieure ou comparable à celle d’autres sources végétales (p. ex. chou rouge), notamment en stockage réfrigéré. En crème glacée, l’ajout de poudre d’ube augmente la teneur en anthocyanes et l’activité antioxydante tout en restant sensoriellement acceptable selon les formulations.
La stabilité des pigments violets de l’ube dépend du pH, de la température, de l’oxygène et des interactions avec la matrice. Le fait que ses pigments soient majoritairement des anthocyanes acylés explique leur meilleure résistance à la chaleur comparée à d’autres sources. Des stratégies de formulation (copigmentation, protéines/polysaccharides porteurs, micro-encapsulation) permettent d’améliorer encore la tenue de la couleur en procédés.

De ses origines tropicales à son adoption par les cuisines les plus innovantes, l’ube est bien plus qu’un simple tubercule : c’est une icône culinaire mondiale en devenir. Sa couleur vibrante, sa flexibilité technologique et son enracinement culturel en font un ingrédient qui relie tradition et modernité.